La bascule du salariat vers l'indépendance rate rarement pour des raisons techniques. Elle rate parce qu'elle a été faite dans le mauvais ordre. Voici un calendrier qui remet les choses à leur place.
Avant de démissionner
Tout ce qui suit part d'un principe simple : vous quittez un CDI pour une activité qui a déjà commencé à se vérifier, pas pour une hypothèse.
- Tranchez votre porte de sortie avant d'annoncer quoi que ce soit. Démission, rupture conventionnelle et licenciement n'ouvrent pas les mêmes droits au chômage, et c'est le seul geste de toute la liste qui ne se rattrape pas : quitter son CDI sans perdre ses droits.
- Testez votre positionnement auprès de trois interlocuteurs réels : un ancien manager, un pair, un recruteur spécialisé.
- Vérifiez vos clauses : non-concurrence, propriété intellectuelle, débauchage. C'est le sujet qui coûte le plus cher quand on l'ignore.
- Constituez une trésorerie personnelle. Le premier encaissement arrive rarement avant plusieurs semaines de mission.
- Si un projet immobilier est en cours, traitez-le avant, pas après.
J0 à J30 : chercher, pas structurer
L'erreur la plus fréquente est de commencer par créer une société. Vous n'en avez pas besoin pour prospecter, et vous ne saurez de toute façon choisir le bon cadre qu'une fois votre première mission connue : durée, TJM, client final, intercontrat.
Sur ce premier mois, concentrez-vous sur trois choses : un positionnement lisible en une phrase, un dossier de compétences à jour, et un flux d'opportunités régulier. Le reste est de la procédure.
À préparer dès le premier mois : la trésorerie de la première année, le contrat de prestation et la RC Pro.
J30 à J60 : choisir le cadre, du portage classique au portage entrepreneurial
Une fois une mission en vue, la question du cadre devient concrète, parce que vous connaissez enfin les paramètres. À ce stade, comparez sur cinq critères : rendement, protection sociale, charge de gestion, capacité à accueillir d'autres revenus, et lisibilité bancaire.
Où se situe le portage entrepreneurial
C'est aussi le moment de vérifier votre couverture : responsabilité civile professionnelle, prévoyance, et surtout ce qu'il advient de vos droits à l'assurance chômage selon le cadre retenu.
Le comparatif détaillé est ici : Micro-entreprise, SASU, portage.
Et votre structure actuelle, elle vous coûte combien ?
Micro, SASU ou portage : l'audit part de vos chiffres et montre l'écart, sur le net comme sur l'assiette imposable. Sans inscription.
Pour trouver vos premiers clients sans intermédiaire, et vous faire payer : les règles de la prospection et les recours contre une facture impayée.
J60 à J90 : démarrer proprement
Le démarrage est une affaire de discipline, pas de talent.
- Contrat signé avant le premier jour de mission. Sans exception.
- Conditions de facturation écrites : échéance, pénalités de retard, modalités de validation des jours.
- Un suivi des jours travaillés tenu au fil de l'eau.
- Une facture émise le premier jour ouvré du mois suivant, systématiquement.
Le premier retard de paiement ne vient jamais d'un mauvais client. Il vient d'une facture envoyée trop tard.
Les quatre erreurs les plus coûteuses
- Créer sa structure trop tôt, avant de connaître son premier client.
- Fixer son TJM sur son ancien salaire, en oubliant les intercontrats, les congés et la protection sociale.
- Négliger le premier contrat, celui qui servira de modèle à tous les suivants.
- Choisir un cadre pensé pour un seul flux alors que l'activité va en produire plusieurs.
Ce dernier point est le plus insidieux, parce qu'il ne coûte rien la première année et beaucoup à partir de la troisième.